Ce dossier reprend, sous forme anonymisée pour respecter la confidentialité contractuelle, le déroulé d’un déploiement d’infrastructure IT réalisé par Soleica dans une municipalité du Nunavik. L’objectif est de partager les choix techniques, les difficultés rencontrées et les enseignements tirés, à l’usage de toute organisation du Nord-du-Québec qui envisage un projet similaire.
Le contexte est représentatif de ce que vivent plusieurs villages : un parc informatique vieillissant, une connectivité satellite récemment améliorée par l’arrivée du LEO, des besoins en services numériques qui ont explosé en cinq ans, et une municipalité qui veut sécuriser ses opérations sans dépendre exclusivement d’infrastructures situées au sud du Québec. Pour comprendre l’état actuel des fournisseurs internet au Nunavik — Tamaani, Starlink, Xplore, Télébec — notre dossier 2026 fait le tour complet des opérateurs et de leurs offres par village.
Le contexte initial
La municipalité concernée compte environ 1 200 habitants et emploie une trentaine de personnes réparties entre l’administration municipale, le service technique, le service récréatif et la coopérative locale. L’infrastructure IT héritée datait de 2014-2016 : deux serveurs Dell PowerEdge en fin de support, une cinquantaine de postes Windows 7 et Windows 10 dans un état hétérogène, un commutateur central qui présentait des défaillances intermittentes, et un raccordement Internet par satellite géostationnaire à 25 Mbps avec 600 ms de latence.
Les besoins exprimés par la municipalité étaient clairs : pérenniser l’infrastructure pour au moins sept à huit ans, sécuriser les données sensibles localement, améliorer la performance des services bureautiques et permettre les nouvelles applications métiers (gestion comptable web, paie centralisée, téléconsultations occasionnelles). La contrainte budgétaire était stricte : le projet devait s’inscrire dans une enveloppe globalement comparable à ce qui aurait été dépensé en maintenance des cinq prochaines années sur l’infrastructure existante.
Les choix d’architecture
Hyper-V hyperconvergé : la décision structurante
Après évaluation comparative entre VMware vSphere, Proxmox VE et Hyper-V, le choix s’est porté sur une architecture Hyper-V hyperconvergée à deux nœuds. Plusieurs raisons ont pesé.
D’abord la cohérence avec l’écosystème Windows déjà en place. La municipalité utilisait depuis des années Active Directory, des partages de fichiers Windows Server, et une suite Office classique. Migrer vers VMware ou Proxmox aurait imposé une chaîne d’outils administratifs supplémentaire et augmenté la charge de formation pour l’équipe locale.
Ensuite le coût de licence. Les accords-cadres provinciaux couvraient déjà une partie des licences Microsoft Server et Datacenter, ce qui rendait Hyper-V essentiellement gratuit dans le cadre du projet. À l’inverse, des licences VMware vSphere Standard auraient ajouté une dépense annuelle significative.
Enfin la maintenance locale. Trouver un technicien capable d’intervenir en visioconférence sur un environnement Hyper-V est plus simple que sur Proxmox, simplement parce que la base d’utilisateurs et de formateurs est plus large dans l’écosystème francophone canadien. Pour un déploiement nordique où la maintenance corrective doit pouvoir s’effectuer à distance avec un soutien minimal sur place, cette dimension compte. Pour les postes des utilisateurs finaux, les guides de télémaintenance informatique à distance permettent également de déléguer les interventions courantes sans déplacement physique.
L’architecture retenue prévoit deux serveurs Dell PowerEdge R760 chacun équipé de :
- 2 processeurs Intel Xeon Silver de génération récente ;
- 256 Go de RAM ECC ;
- Stockage hyperconvergé Storage Spaces Direct sur 8 disques NVMe par nœud, totalisant environ 30 To utiles en mode résilient ;
- Carte réseau redondante 25 GbE pour le trafic inter-nœud et 10 GbE pour le trafic utilisateur.
Le raccordement satellite : LEO professionnel
Pour le lien externe, le choix s’est porté sur Starlink Business avec abonnement professionnel haute disponibilité. La décision a été pesée avec Telesat Lightspeed, mais la disponibilité commerciale de Lightspeed dans le village concerné restait limitée au moment du déploiement.
L’antenne Starlink Business est installée sur le toit du bâtiment principal, avec un dégagement complet sur le ciel et un système de chauffage intégré pour évacuer la neige et le givre. Le contrat inclut un seuil de service garanti à 50 Mbps descendants stables, ce qui correspond aux besoins identifiés.
Une seconde antenne en redondance vers une cellule alternative a été envisagée mais reportée — le coût supplémentaire ne se justifiait pas dans la phase initiale. La continuité de service en cas de défaillance du lien repose donc sur la capacité de l’infrastructure locale à fonctionner en autonomie pendant une coupure.
La continuité locale : architecture critique
C’est probablement la dimension la plus structurante du projet. L’infrastructure a été conçue pour que tous les services métiers critiques fonctionnent même en cas de coupure prolongée du lien Internet.

Concrètement, sont hébergés en local sur les serveurs Hyper-V :
- Active Directory et services d’annuaire ;
- Partage de fichiers central avec sauvegardes versionnées ;
- Logiciel de gestion communale (comptabilité, paie, registre des permis) ;
- Système de réservation des salles communautaires ;
- Cache local des outils Microsoft 365 (OneDrive synchronisé pour les utilisateurs principaux) ;
- Serveur d’impression et de scan ;
- Système de surveillance vidéo des bâtiments municipaux.
Sont en revanche dépendants du lien externe :
- Téléconsultations médicales (incluant échange d’imagerie) ;
- Échanges avec les ministères provinciaux et fédéraux ;
- Mises à jour logicielles ;
- Communications externes (courriel, visioconférence) au-delà du simple cache.
En cas de coupure du satellite, la municipalité peut donc continuer à fonctionner pendant plusieurs jours sans dégradation perceptible des services courants. Cette résilience est un acquis fondamental que les anciens systèmes ne permettaient pas.
La phase d’installation
Première mission : préparation et matériel
La première mission sur place s’est déroulée fin août, juste après l’arrivée du matériel par bateau. L’équipe Soleica était composée de trois personnes : un ingénieur infrastructure responsable de l’architecture, un technicien systèmes spécialisé Hyper-V, et un câbleur expérimenté pour les travaux physiques.
La préparation du local technique a occupé les premiers jours : remplacement du système de climatisation de la salle serveur, installation d’un onduleur lithium 10 kVA dimensionné pour quatre heures d’autonomie, mise à niveau du panneau électrique pour absorber la charge supplémentaire des nouveaux serveurs, et révision complète du chemin de câbles entre la salle serveur et les répartiteurs des étages.
Le déploiement physique des serveurs a pris une journée et demie : montage en rack, branchements électriques et réseau, premiers démarrages. La configuration du cluster Hyper-V hyperconvergé et de Storage Spaces Direct a demandé deux journées supplémentaires de préparation technique.
La mission s’est terminée par la mise en service en parallèle de l’ancienne et de la nouvelle infrastructure : aucune migration de production lors de cette première phase, simplement la validation que la nouvelle architecture fonctionnait.
Deuxième mission : migration
La deuxième mission, six semaines plus tard, a été consacrée à la migration progressive des services depuis l’ancienne infrastructure. L’ordre de migration suivi :
- Active Directory et services d’annuaire (semaine 1) — opération critique conduite la nuit pour minimiser l’impact, avec rollback préparé.
- Partages de fichiers (semaines 1-2) — copie initiale, puis bascule progressive service par service.
- Logiciels métiers (semaine 2) — installation des nouvelles versions sur les machines virtuelles cibles, migration des bases de données, tests de validation par les utilisateurs clés.
- Postes de travail (semaines 3-4) — connexion au nouvel annuaire, migration des profils utilisateurs, vérification des accès aux ressources.
La migration s’est globalement bien passée, avec quelques incidents mineurs : deux postes Windows 10 nécessitant une réinstallation complète, un logiciel métier en version trop ancienne demandant un patch d’urgence, et des paramètres d’impression à reconfigurer manuellement sur la majorité des postes. Aucun incident n’a entraîné une perte de données, ni une indisponibilité significative des services critiques.
Troisième mission : finalisation et formation
La dernière mission, deux mois après la deuxième, a été consacrée à la finalisation des paramètres fins, à l’optimisation des sauvegardes et à la formation approfondie de l’équipe locale.
Deux personnes de la municipalité ont été formées de manière intensive sur l’administration courante du système : ajout d’utilisateurs, gestion des droits d’accès aux dossiers, lecture des journaux d’événements, déclenchement et vérification des sauvegardes, premiers diagnostics en cas d’incident. La formation s’est appuyée sur un manuel sur mesure rédigé en français et adapté au contexte local.
Une procédure d’escalade a été mise en place avec Soleica : niveau 1 (équipe locale, problèmes simples), niveau 2 (visioconférence avec un ingénieur Soleica, problèmes complexes), niveau 3 (mission sur place, défaillance majeure). Cette structuration est essentielle pour la pérennité du dispositif.

Les difficultés rencontrées
Aucun déploiement n’est sans accroc. Voici les principales difficultés rencontrées et la manière dont elles ont été gérées.
Premier sujet : la qualité initiale de l’alimentation électrique. Lors de la première mission, plusieurs micro-coupures ont été détectées, qui ne posaient aucun problème pour les anciens serveurs mais déclenchaient des comportements erratiques sur le nouveau matériel. Un audit électrique a révélé que le panneau du bâtiment était en bout de course et générait des transitoires sur certaines branches. La mise à niveau du panneau électrique, initialement prévue plus tard, a été avancée et intégrée à la première mission, ce qui a résolu le problème.
Deuxième sujet : un logiciel métier propriétaire utilisé par la coopérative ne supportait pas la migration vers Windows Server 2022 sans un patch que l’éditeur a mis plusieurs semaines à fournir. Une machine virtuelle Windows Server 2019 a été créée temporairement pour accueillir ce logiciel le temps d’obtenir le patch, puis migrée vers la cible Windows Server 2022 plus tard.
Troisième sujet : l’antenne Starlink Business a montré des dégradations de performance plus marquées que prévu pendant deux journées de blizzard intense. Le système de chauffage intégré n’a pas suffi à dégager complètement le givre. Un kit de chauffage complémentaire a été installé pour la saison suivante, financé par une révision du contrat avec l’opérateur. Voir notre dossier sur les défis de connectivité au Nunavik pour le contexte technologique général.
Quatrième sujet : l’appropriation par les utilisateurs a pris plus de temps que prévu. Plusieurs habitudes de travail ancrées dans l’ancien environnement (organisation des dossiers, raccourcis, scripts personnels) ont demandé un travail d’accompagnement individuel sur deux à trois mois. Ce poste de coût n’avait pas été pleinement intégré au devis initial et a fait l’objet d’une rallonge négociée avec la municipalité.
Les enseignements pour les déploiements futurs
Plusieurs principes ressortent de ce projet et orientent les déploiements suivants que Soleica conduit dans la région.
Premier enseignement : l’audit électrique préalable est non négociable. Sur les bâtiments des années 1990-2000 du Nunavik, la qualité de l’alimentation est un facteur de risque majeur qui doit être traité avant l’installation du nouveau matériel, pas après.
Deuxième enseignement : la migration des logiciels métiers propriétaires est rarement plus simple que prévu. Les éditeurs ne testent pas systématiquement leurs produits sur les versions récentes de Windows Server, et la mise à niveau peut nécessiter des patchs spécifiques avec des délais imprévisibles. Prévoir une marge de sécurité dans le calendrier.
Troisième enseignement : la formation des utilisateurs et l’accompagnement à l’appropriation représentent un poste de coût et de temps significatif qu’il faut intégrer dès le devis initial. Les déploiements techniques réussis qui ne sont pas accompagnés humainement génèrent autant d’insatisfaction que les déploiements techniques ratés.
Quatrième enseignement : la résilience locale par virtualisation hyperconvergée est un investissement qui se rentabilise dès la première coupure satellite prolongée. Pour des organisations dont l’activité ne peut pas s’arrêter, cette architecture est devenue le standard de référence.
Pour les retours d’expérience humains derrière ces déploiements, voir notre entretien avec un ingénieur télécom du Grand Nord. Pour la dimension de respect du territoire et de relation avec les communautés, voir notre entretien avec une accompagnatrice de voyage spécialisée tourisme communautaire, qui partage la même approche de travail dans la durée et dans le respect des partenariats locaux qu’incarne aussi Soleica Chalets.
Conclusion
Le déploiement décrit ici n’a rien d’exceptionnel sur le plan technique. C’est un projet d’infrastructure IT classique, comparable à ce qu’on ferait pour une municipalité de taille équivalente dans n’importe quelle région du Québec. Ce qui le rend particulier, c’est l’environnement dans lequel il s’inscrit : logistique nordique, climat extrême, isolement relatif, et nécessité d’autonomie locale plus forte qu’au sud.
Pour comprendre les tarifs des connexions et les coûts réels d’une infrastructure IT dans les villages du Nunavik, notre guide 2026 détaille les offres Tamaani, Starlink et Bell ainsi que les programmes de subventions disponibles.
Pour les organisations du Nord-du-Québec qui envisagent un projet similaire, l’expérience accumulée par Soleica au fil de la dizaine de déploiements de ce type que nous avons conduits permet aujourd’hui de proposer des architectures éprouvées, des planifications réalistes et des budgets sincères. Le travail technique reste exigeant, mais le territoire ne pardonne plus l’improvisation. Voir nos services informatiques pour les communautés du Nord pour un cadrage initial de votre projet.
Questions fréquentes
Pourquoi choisir Hyper-V plutôt que VMware ou Proxmox pour un déploiement nordique ?
Trois raisons principales. Hyper-V est intégré à Windows Server, ce qui simplifie la chaîne d'outils administratifs et réduit les compétences spécifiques requises pour la maintenance locale. Le coût des licences Microsoft est souvent déjà couvert par les accords-cadres provinciaux ou municipaux, ce qui évite une dépense supplémentaire. Et la disponibilité de support local en français sur l'écosystème Microsoft est largement supérieure à celle des solutions plus spécialisées. Pour des contextes spécifiques (infrastructures plus complexes, besoins de haute densité), Proxmox ou VMware peuvent rester pertinents, mais ce n'est pas le cas le plus courant dans le Nord-du-Québec.
Quelle bande passante satellite faut-il prévoir pour faire fonctionner ce type d'infrastructure ?
Pour un déploiement typique de municipalité — disons 30 à 50 utilisateurs réguliers, deux ou trois services métiers en mode hybride cloud, sauvegardes régulières et téléconsultations occasionnelles — il faut viser un minimum de 50 Mbps descendants stables et 25 Mbps montants. C'est ce que les liaisons LEO (Starlink ou Telesat Lightspeed) fournissent typiquement aujourd'hui dans les villages du Nunavik. La latence sous 60 ms est aussi critique pour les usages temps réel.
Comment gérez-vous les coupures du lien satellite ?
L'architecture est conçue pour fonctionner pendant une coupure prolongée du lien externe. Tous les services métiers critiques (annuaire, partage de fichiers, applications de gestion communales, comptabilité de la coopérative) tournent sur les serveurs locaux. Les services qui dépendent réellement d'Internet (téléconsultations, requêtes administratives extérieures, mise à jour des logiciels) sont indisponibles pendant la coupure mais reprennent dès que la liaison se rétablit. Les sauvegardes locales chiffrées sont conservées dans un second bâtiment de la municipalité pour éviter qu'un sinistre détruise à la fois les données vives et les sauvegardes.
Combien de temps prend un déploiement complet ?
De la commande initiale au passage en production, il faut compter neuf à douze mois pour un projet de cette taille. La phase de spécifications et d'achat des équipements occupe deux à trois mois (commande en mars pour livraison maritime juillet-août). La phase d'installation sur place prend quatre à six semaines réparties sur deux ou trois missions. La phase de migration progressive depuis l'ancien environnement et de stabilisation prend trois à quatre mois supplémentaires. La formation des utilisateurs locaux est conduite tout au long du processus.
Quel est le budget approximatif d'un tel déploiement ?
Pour un déploiement de cette taille (deux serveurs hyperconvergés, infrastructure réseau complète, raccordement LEO professionnel, intégration et formation), le budget tout inclus se situe entre 180 000 et 280 000 dollars canadiens, fortement variable selon la qualité de l'existant à reprendre, le niveau de redondance souhaité et la complexité des intégrations métiers. Pour les municipalités du Nunavik, ce type de projet est généralement cofinancé par des programmes provinciaux et fédéraux d'infrastructure numérique en région éloignée.
Que devient l'ancien matériel remplacé ?
Question importante et trop souvent négligée. Le matériel encore fonctionnel est soit reversé à des associations locales (école, centre culturel), soit envoyé en revente d'occasion via des filières spécialisées dans le matériel reconditionné. Le matériel en fin de vie est rapatrié au sud par bateau dans des conditions conformes aux exigences environnementales — le Nunavik n'a pas d'infrastructure de recyclage électronique et il est strictement interdit d'abandonner du matériel sur place. Cette logistique de retour fait partie intégrante du devis.