Le Nunavik, ce territoire de 500 000 km² qui occupe le tiers nord du Québec, regroupe 14 villages côtiers accessibles uniquement par avion ou, pendant la courte saison de navigation, par bateau. Pour les quelque 14 000 habitants qui y vivent — majoritairement Inuit — l’accès à internet n’est pas un service optionnel. C’est une infrastructure critique, au même titre que l’eau potable ou l’électricité.
En 2026, la situation s’est considérablement améliorée par rapport à ce qu’elle était il y a encore cinq ans. L’arrivée du satellite en orbite basse (LEO) a changé la donne sur les débits et la latence. Mais les défis persistent : coûts élevés, fragilité des infrastructures face au climat arctique, dépendance à des opérateurs extérieurs à la région. Ce dossier fait le point sur chacun des fournisseurs actifs en 2026 et analyse leur couverture village par village.
La fracture numérique dans l’Arctique québécois
Avant d’entrer dans le détail des fournisseurs, il faut comprendre les contraintes structurelles qui font que l’internet au Nunavik ne ressemblera jamais, à court terme, à celui de Montréal ou de Québec.
Le pergélisol interdit l’enfouissement des câbles sur de longues distances. L’absence de routes entre les villages rend impossible tout déploiement terrestre intervillages. La saison de navigation est courte — trois à quatre mois —, ce qui limite les fenêtres d’installation d’équipements lourds. Et la densité de population extrêmement faible (en moyenne un habitant par 35 km²) rend tout investissement commercial difficile à rentabiliser sans soutien public.
Ces contraintes expliquent pourquoi le Nunavik s’est historiquement appuyé sur le satellite géostationnaire à haute altitude (GEO), avec ses inconvénients bien connus : latence élevée (600 ms en moyenne), bande passante partagée entre des dizaines de villages, et coûts prohibitifs. L’arrivée des constellations LEO comme Starlink ou Telesat Lightspeed représente une rupture technologique réelle, mais elle ne résout pas tous les problèmes.
Tamaani Internet — le fournisseur communautaire de Makivik
Tamaani Internet est l’opérateur communautaire créé par la Société Makivik, l’organisation qui représente les Inuit du Nunavik. C’est historiquement le principal fournisseur d’accès internet dans la région.
Son modèle repose sur un double réseau : des liaisons satellitaires GEO pour le backbone (Hughes Network Systems, Telesat) et un réseau Wi-Fi communautaire en intranet local dans chaque village. Cette architecture permet d’offrir une connectivité à l’ensemble des habitants, y compris les ménages à faibles revenus, à des tarifs inférieurs à ceux du marché.
En 2026, Tamaani a amorcé un virage vers le satellite LEO pour ses liaisons dorsales, réduisant ainsi la latence et augmentant les débits disponibles. Les offres résidentielles varient entre 10 et 50 Mbps selon les villages, avec des forfaits mensuels entre 60 et 120$. Les institutions publiques (écoles, CLSC, administrations) bénéficient de bandes passantes garanties négociées directement avec Makivik.
La principale limite de Tamaani reste l’inégalité de service entre villages : Kuujjuaq, Inukjuak et Puvirnituq disposent d’une infrastructure plus moderne que Ivujivik ou Akulivik, où la bande passante demeure plus contrainte.
Xplorenet / Xplore Mobile — le sans-fil longue portée
Xplorenet, rebaptisé Xplore depuis 2023, opère dans plusieurs communautés du Nunavik via des technologies de radio sans fil longue portée (WIMAX, LTE fixe) et des services satellite. Son positionnement est celui d’un opérateur national rural qui tente de se démarquer par des offres moins chères que les pure players satellitaires.
En pratique, la qualité de service Xplore au Nunavik est variable. Dans les villages de taille moyenne — Puvirnituq (1 900 habitants), Salluit (1 700 habitants) — la connectivité est stable et les débits atteignent 25 à 50 Mbps en heure creuse. Dans les petits villages, la situation est plus tendue. Xplore a notamment fait face à des critiques en 2022-2023 dans certaines zones rurales du Canada pour des débits annoncés non tenus, avant de revoir ses offres en 2024.
Le réseau fixe sans fil de Xplore nécessite une ligne de vue dégagée entre l’antenne de base (installée sur un bâtiment ou une tour) et l’équipement du client. Dans les villages construits en pente sur les rives, cette condition n’est pas toujours réunie, ce qui peut exclure certains quartiers.

Starlink (SpaceX) — l’arrivée du satellite basse altitude au Nunavik
Starlink est disponible dans l’ensemble du Nunavik depuis la mi-2023. Son déploiement a représenté un changement de paradigme : pour la première fois, des débits supérieurs à 100 Mbps avec une latence inférieure à 60 ms sont accessibles dans des villages comme Ivujivik (le village le plus septentrional du Québec, à 62°N), où aucun fournisseur ne proposait auparavant de vrai haut débit.
En 2026, les performances réelles mesurées sur le terrain se situent entre 50 et 180 Mbps en téléchargement et 5 à 25 Mbps en envoi. La latence est généralement comprise entre 25 et 55 ms, ce qui rend possible la téléconférence vidéo de qualité, la télémédecine en temps réel et les jeux en ligne — des usages quasi impossibles avec le satellite GEO.
Les coûts restent élevés. En 2026, le terminal matériel coûte environ 650$ (parfois subventionné par des programmes régionaux), et l’abonnement résidentiel se situe entre 140 et 170$ par mois. Pour un ménage inuit à revenu modeste, c’est un investissement significatif. Des programmes de subvention municipaux et provinciaux existent pour les institutions, mais pas systématiquement pour les particuliers.
Le principal inconvénient technique de Starlink reste sa sensibilité aux conditions météorologiques extrêmes : tempêtes de neige intenses, givre sur le terminal, et dans une moindre mesure les aurores boréales peuvent dégrader momentanément le service.
Télébec (TELUS) — la téléphonie et l’internet dans les zones accessibles
Télébec, filiale de TELUS, est historiquement l’opérateur téléphonique du Québec nordique. Sa présence au Nunavik se concentre sur la téléphonie filaire et, dans certains villages, des services DSL limités.
En 2026, l’offre internet de Télébec au Nunavik est modeste : des débits DSL de 5 à 10 Mbps dans les villages où l’infrastructure cuivre est en bon état, et une présence principalement institutionnelle pour les lignes téléphoniques d’urgence et les services d’affaires. Pour les particuliers, Télébec n’est généralement pas la solution principale pour l’accès internet, mais reste un acteur important pour la téléphonie vocale et les lignes dédiées des services publics.
Bell et autres opérateurs nationaux
Bell Canada a une présence limitée au Nunavik. Ses services mobiles 4G/LTE ne couvrent que les abords immédiats de certains aéroports. Il n’y a pas de couverture mobile étendue dans les villages eux-mêmes. Des partenariats ponctuels avec Tamaani ou d’autres opérateurs régionaux permettent à certains utilisateurs professionnels d’accéder à des services itinérants, mais ce n’est pas une solution de connectivité résidentielle.
Vidéotron, Rogers et les autres grands opérateurs nationaux sont absents du Nunavik sur le plan résidentiel. Leurs investissements se concentrent sur les zones à fort retour sur investissement commercial.
Tarqavik Communications — la souveraineté numérique autochtone

Tarqavik Communications est l’organisation dont la mission est de développer une infrastructure de télécommunications véritablement contrôlée par les communautés inuites du Nunavik. Son travail s’inscrit dans une vision à long terme de souveraineté numérique : ne pas dépendre indéfiniment d’opérateurs extérieurs dont les décisions commerciales et les priorités d’investissement ne sont pas alignées sur les besoins locaux.
Tarqavik travaille en collaboration avec Tamaani, l’Administration régionale Kativik (ARK) et la Société Makivik pour identifier les opportunités d’infrastructure — liaisons fibres sous-marines, points d’échange internet régionaux, centres de données communautaires — qui permettraient de réduire les coûts de transit et d’améliorer la résilience du réseau.
En 2026, Tarqavik n’est pas encore un opérateur à proprement parler, mais une entité stratégique qui oriente les investissements publics et milite auprès des gouvernements provincial et fédéral pour un traitement équitable des communautés du Grand Nord.
Les programmes gouvernementaux 2024-2026
Plusieurs programmes publics ont contribué à améliorer la connectivité au Nunavik entre 2024 et 2026.
Du côté fédéral, le Fonds pour la large bande universelle du CRTC et le programme Brancher pour innover (Innovation, Sciences et Développement économique Canada) ont financé des projets d’extension de réseaux communautaires, d’installation d’équipements LEO dans les institutions publiques, et de formation aux métiers du numérique dans les villages.
Du côté provincial, le programme Québec Connecté a ciblé des investissements spécifiques pour les régions nordiques non desservies ou mal desservies. En 2025, le gouvernement du Québec a annoncé un investissement supplémentaire pour accélérer le déploiement du haut débit dans les villages d’Ivujivik, Akulivik et Quaqtaq — les trois localités encore les moins bien couvertes.
Ces programmes sont essentiels mais souffrent parfois de délais d’exécution longs et de critères d’éligibilité complexes, notamment pour les petits villages dont l’administration locale a peu de ressources pour monter des dossiers de financement.
Comparatif synthétique par village (2026)
Le tableau suivant synthétise la situation approximative de la connectivité dans les principaux villages du Nunavik en 2026. Les débits sont des estimations basées sur les informations publiques disponibles et les retours terrain — ils peuvent varier selon les quartiers et les conditions météo.
Pour les entreprises et les organisations qui déploient des services numériques dans la région, une analyse de l’infrastructure numérique du Nunavik et un entretien avec une spécialiste du numérique nordique permettent d’approfondir le contexte.
| Village | Population | Tamaani | Starlink | Xplore | Télébec | Débit estimé (2026) |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Kuujjuaq | ~3 000 | Oui | Oui | Oui | Oui | 50-200 Mbps |
| Puvirnituq | ~2 000 | Oui | Oui | Oui | Partiel | 50-150 Mbps |
| Inukjuak | ~1 800 | Oui | Oui | Partiel | Non | 30-120 Mbps |
| Salluit | ~1 700 | Oui | Oui | Oui | Non | 40-150 Mbps |
| Kangiqsujuaq | ~900 | Oui | Oui | Non | Non | 25-100 Mbps |
| Kangiqsualujjuaq | ~800 | Oui | Oui | Non | Non | 20-80 Mbps |
| Kuujjuaraapik | ~800 | Oui | Oui | Partiel | Oui | 30-120 Mbps |
| Umiujaq | ~500 | Oui | Oui | Non | Non | 15-60 Mbps |
| Akulivik | ~600 | Oui | Récent | Non | Non | 15-50 Mbps |
| Quaqtaq | ~400 | Oui | Récent | Non | Non | 10-40 Mbps |
| Ivujivik | ~350 | Oui | Oui | Non | Non | 15-60 Mbps |
| Tasiujaq | ~300 | Oui | Récent | Non | Non | 10-40 Mbps |
| Kangirsuk | ~550 | Oui | Oui | Non | Non | 20-70 Mbps |
| Aupaluk | ~220 | Oui | Récent | Non | Non | 10-30 Mbps |
Soleica intervient régulièrement dans plusieurs de ces villages pour le déploiement d’infrastructures IT locales (serveurs Hyper-V, réseaux locaux sécurisés) en complément des connexions internet fournisseurs.
Enjeux 2026-2030 — fibre sous-marine, pergélisol et souveraineté
La prochaine décennie verra probablement trois évolutions majeures dans la connectivité nunavik.
La première est le déploiement potentiel d’une liaison fibre optique sous-marine reliant les villages côtiers de la Baie d’Hudson. Plusieurs études de faisabilité ont été menées par Makivik, Tarqavik et le gouvernement fédéral. Ce projet est techniquement réalisable, mais son coût (estimé à plusieurs centaines de millions de dollars) et les défis liés au pergélisol côtier et aux glaces saisonnières le rendent complexe à financer et à maintenir.
La deuxième évolution concerne la montée en puissance de nouvelles constellations LEO concurrentes de Starlink : Telesat Lightspeed (canadienne), Amazon Kuiper, et d’autres. La concurrence devrait faire baisser les prix et améliorer la résilience, notamment en évitant la dépendance à un seul fournisseur étranger.
La troisième enjeu est institutionnel : comment les communautés inuites peuvent-elles exercer un contrôle réel sur leur infrastructure numérique ? Pour cela, les acteurs comme Tarqavik et Tamaani jouent un rôle irremplaçable, et le soutien à long terme des gouvernements fédéral et provincial est indispensable.
Pour une analyse détaillée village par village, notre guide présente la comparaison village par village de l’internet au Nunavik — de Kuujjuaq à Umiujaq, avec les débits, coûts et fournisseurs pour chaque communauté.
Pour les voyageurs et professionnels qui souhaitent comprendre les régions nordiques éloignées du Canada, le guide des voyages dans les régions nordiques éloignées du Canada offre un contexte géographique et pratique précieux.
À propos de Soleica — Soleica accompagne depuis plus de 15 ans les communautés inuites et des Premières Nations du Nunavik et d’Eeyou Istchee dans leurs projets d’infrastructure IT et de connectivité. Notre équipe réalise des missions terrain plusieurs fois par an dans les villages du Grand Nord québécois. En savoir plus sur nos services.
Questions fréquentes
Quel est le meilleur fournisseur internet au Nunavik en 2026 ?
Il n'y a pas de réponse universelle : cela dépend du village et de l'usage. Tamaani Internet (Makivik) offre la couverture la plus large avec des offres adaptées aux communautés. Starlink (SpaceX) propose les débits les plus élevés (50 à 200 Mbps) là où il est disponible, mais à un coût mensuel élevé pour les ménages. Xplorenet couvre plusieurs villages avec une connectivité fixe sans fil. Pour un usage professionnel ou institutionnel, une combinaison Tamaani + Starlink est souvent la solution la plus robuste.
Tamaani Internet est-il disponible dans tous les villages du Nunavik ?
Tamaani Internet, l'opérateur communautaire de la Société Makivik, assure une présence dans la grande majorité des 14 villages côtiers du Nunavik. Son réseau s'appuie principalement sur des liaisons satellitaires géostationnaires (Hughes, Telesat) et des points d'accès Wi-Fi communautaires. La qualité de service varie selon les villages : Kuujjuaq, Puvirnituq et Inukjuak bénéficient d'une meilleure bande passante que les petits villages comme Ivujivik ou Akulivik.
Est-ce que Starlink fonctionne dans le Grand Nord québécois ?
Oui. Starlink (SpaceX) est disponible dans l'ensemble du Nunavik depuis 2023. La constellation LEO (Low Earth Orbit) offre des débits entre 50 et 200 Mbps et une latence réduite à 30-50 ms, contre 600 ms pour le satellite géostationnaire classique. Les principales limites sont le coût d'équipement (terminal ~650$), l'abonnement mensuel (environ 140-170$/mois en 2026), et la sensibilité aux conditions météorologiques extrêmes. Pour les entreprises et institutions, c'est souvent un complément essentiel à Tamaani.
Combien coûte l'internet au Nunavik par rapport au sud du Québec ?
L'écart est considérable. Un abonnement résidentiel standard au Nunavik coûte entre 80 et 200$/mois pour des débits de 10 à 50 Mbps, contre 60-80$/mois pour 1 Gbps en zone urbaine québécoise. Le coût réel inclut aussi l'équipement satellite, les frais d'installation et les interruptions de service lors des tempêtes. Les institutions publiques (écoles, centres de santé) bénéficient parfois de subventions provinciales ou fédérales qui réduisent le coût.
Xplorenet a-t-il une couverture dans les villages isolés du Nunavik ?
Xplorenet (maintenant sous la bannière Xplore) opère dans plusieurs communautés du Nunavik via des liaisons sans fil longue portée et satellite. Sa couverture est inégale : plus solide dans les villages de taille moyenne comme Puvirnituq ou Salluit que dans les plus petits. En 2024-2025, Xplore a réorganisé ses offres rurales en misant davantage sur le satellite LEO via des partenariats. Pour un diagnostic précis par village, il est recommandé de contacter directement Tamaani ou l'Administration régionale Kativik.